Les œuvres vues par Frédérick LAURENT, Agent du patrimoine


Focus sur « L’arbre doré » – acrylique sur toile – 46 x 38 cm

"l'arbre doré" - acrylique sur toile - 46 x 38 cm

D’où je viens, je ne sais plus vraiment.

Il était une fois une terre, un long voyage sûrement. Dans leur prison de glace, mes racines vibrent de mémoire. Elles me parlent de ma forêt d’origine, elles me disent qu’elle ne m’a pas oublié. Du haut de leur âge, mes bras tordus connaissent toujours les harpes de jadis. Danseur, peintre, mime, ais-je été tout cela et le serais-je encore ? Qui pourra me dire si j’approche d’un monde nouveau, si il est temps pour moi de rentrer ou de quitter la roche-mère ? Finalement on n’en sait rien, ça n’a d’ailleurs aucune importance. L’or qui recouvre mon écorce est celui qui flambe les enluminures des contes. Je sens encore le murmure d’antiques légendes flotté autour de mes branches. Elle a l’air si proche cette lune façon Méliès que j’irais bien me planter sur son crâne, devenir couronne, laisser pousser sur mon corps quelques joyaux et célébrer les rêves défunts de ses gloires passées.


Focus sur « Vestiges » – acrylique sur toile – 100 x 81 cm

"Vestiges" - acrylique sur toile - 100 x 81 cm

Sous un ciel saturé de roulements toxiques, des ruines se souviennent. Un monde craquelé en aplats rugueux se désintègre lentement. Il était une fois de vagues souvenirs. Le mirage de la vie dans l’imaginaire du passant. Peut-être une guerre. Un exil, un abandon, l’heure venue de quitter ce lieu et de n’y laisser que des pierres. Squelette massif de ce qui abrita nos existences, c’est l’écho des fantômes dans les méandres d’une cicatrice.

Juste le vent et le cri des animaux. Plaie sauvage sur la palette brute des jaunes poussière et des ocres malades, des fenêtres et une porte bâillent sur un horizon asséché. Ornières, gravats, chaos chargé d’histoire, le livre d’or d’un corps sans vie guettant les empreintes de quelque voyageur égaré ; visites ultimes avant que tout ne retourne à la terre dans un dernier tourbillon de particules brillantes et fugitives telle une explosion d’étoiles filantes.


Focus sur « Au commencement » – acrylique sur toile – 80 x 80 cm

"Au commencement" - acrylique sur toile - 80 x 80 cmAu commencement étaient des strates. Des empilements qui rêvaient de devenir quelque chose. A force de s’élever ils finiraient bien par atteindre une raison d’être. Ici les formes s’effacent et se reprennent. A droite il y a ce monument dont le socle pourrait être un générateur d’énergie que surmonte l’achèvement d’un gratte-ciel. Entre les deux une étoffe en cascade s’épanche et se raconte en spirale. Une sorte de lame-miroir quasi suspendue sépare cet artefact d’une tour de roche et de glace défrichant en son centre un éclat de lumière.

Inclinée, mystérieuse et incomplète (mais finalement peut-être pas), la forme indéfinissable qui se tient sur la gauche semble n’être que moitié. On ne le saura jamais. Des couleurs qui se répondent de part et d’autre du tableau, un équilibre précaire, est-ce bien la gueule d’un sanglier que je distingue sous cette lumière évoquée plus haut ou suis-je le jouet d’un effet d’ombre et de lumière, peut-être d’une hallucination ? Au commencement étaient des ruines, un monde qui se cherche en se perdant, se perd en se dessinant, insaisissable dans ses roulements de brume et sa solitude boréale.


Focus sur « L’espace d’un temps » – acrylique sur toile – 80 x 80 cm

"L'espace d'un temps" - acrylique sur toile - 80 x 80 cm

 

Vous dites que cet escalier mène quelque part. Peut-être vers les trésors de Jupiter ? Tout un monde dans la paume d’une main de pierre. Environnement indéfini, une succession de marches au fin fond d’une grotte, le ventre d’un monument ou le cœur glacé d’une planète endormie ? Regardez bien ces marches, observez leur couleur, leurs reflets, leurs fantômes. Les secrets du bleu. Les méditations arctiques.

Plus haut, une lumière pâle dont la source nous est inconnue dévoile la surface éraillée d’une paroi. Quel est ce curieux feu follet qui semble vouloir nous montrer quelque chose ? Eclat fugitif, hallucination, explosion de particules, forme insaisissable de l’instant… Emanation sans réponse à nos questions. Si tout cela n’était qu’un rêve, celui d’une fraction de seconde surgissant de l’éternité, ce que sont finalement nos vies à l’échelle de l’Univers, ces fulgurances qui nous animent l’espace d’un temps.


Focus sur « Au crépuscule des légendes » – acrylique sur toile – 60 x 60 cm

"Au crépuscule des légendes" - acrylique sur toile - 60 x 60 cm

Au crépuscule de ces histoires ne resteront que les ponts suspendus. Des ponts reliant des architectures triomphantes, des tours que baigne un reflet d’or, des mondes fantômes dérivant au gré de l’éternité. Qu’en est-il des légendes fondatrices ? Ce lien ténu (une corde?) entre des silhouettes minuscules, un ultime effort avant disparition dans le caveau des grimoires déchus ? Le cœur de la montagne a explosé, découpage à vif dans un corps de pierre, révélation des temples déchiquetés, des obélisques et des partitions infinies de stalactites à flanc de rumeurs stellaires.

L’art du vestige en suspension, des marches d’escalier qui viennent de nulle part et ne mènent nulle part, peut-être les pages d’un livre d’histoire qui n’a pas encore été écrit, peut-être et même sûrement ce qu’il reste de toute histoire… Au crépuscule de ma mémoire me prendrais-je pour une légende ? L’impression d’avoir vécu dans l’ombre de quelque monument me donnera-t-elle l’étrange sentiment d’avoir eu ma place dans ce recueil de contes ? Ou bien tout cela n’est-il définitivement qu’une brève illusion, comme la splendeur de ces châteaux en déroute ?


Focus sur « l’enfant aux ballons rouges » : une histoire courte

"Le choix" - acrylique sur toile - 80 x 80 cm

Le choix

Il était assis sur ce banc depuis des heures. Sans bouger. Sa position ne me permettait pas de distinguer nettement son visage. Quel âge pouvait avoir ce garçon ? Sept ans, peut-être huit ? C’est hier que je l’ai vu pour la première fois. La même place, immobile, seul. De nouvelles familles s’étaient installées récemment dans les environs, cela expliquait probablement la présence de cet enfant. J’avais posé mes pinceaux pour jeter un coup d’œil par la fenêtre, attirée par ce je-ne-sais-quoi d’insolite qui émanait de la scène. Une rue déserte et ce petit personnage qui tenait trois ballons rouges, trois têtes énigmatiques qui oscillaient lentement au bout de trois longs fils. Quand j’aurai un moment, je me ferai un plaisir de croquer ce gamin en quelques coups de crayon…

Printemps froid. Ce matin le bleu du ciel a l’éclat du métal. D’autres bleus, ceux de ma toile qui n’avance pas, n’appartiennent pas à notre monde. Ils composent la texture de contreforts à la dérive dans les méandres d’une éternité arctique. Se remettre au travail maintenant, s’attacher aux formes, composer avec l’espace… Les heures filent sans que je m’en aperçoive ; de brèves pauses, un calme presque étrange, commencerais-je à souffrir du syndrome Twilight Zone ? Au fait, je n’ai pas aperçu le garçon aux ballons aujourd’hui … Il aura peut-être trouvé une autre rue, un autre banc… Qui sait ?

 

"Visite inattendue" - acrylique sur toile - 60 x 60 cm

Visite inattendue

Nuit agitée. Impossible de fermer l’œil. Quelque chose cloche, mais je ne saurais dire quoi. Dehors le vent joue une musique ténue … Les mauvais rêves sont en fuite, ils cherchent une planque, tout près d’ici peut-être, devant ma porte, sous mon lit, m’attendent au détour d’un assoupissement. De grandes ombres mobiles peuplent la chambre en prenant des postures suspectes ; théâtre équivoque dont les acteurs se fondent et se découpent sur les pages de l’imagination. Il m’a semblé apercevoir quelque chose de vraiment curieux… Un frôlement d’abord à la lisière de la vitre, puis un claquement furtif, un peu sourd, arrondi… arrondi… Les trois têtes rouges sont passées devant la fenêtre en un éclair… Les ballons de l’enfant solitaire … Que ferait-il dehors à une heure pareille, chez moi ? Debout, le nez collé au carreau, je ne distinguais rien de spécial… Pas de gamin, pas de ballons, juste les arbres sous la lune et l’étrange mélopée du vent. Une illusion ? Un songe qui a débordé sur la réalité ? Alors pourquoi mon corps s’est-il mis à frissonner ?

L’aube a emporté toutes ces fantasmagories. Certains rêves tapent parfois trop fort aux portes de notre monde réel. Ce matin une apaisante chaleur règne à l’extérieur . Je descends et retrouve ma toile ; elle m’attend sur son chevalet de patience en mode presque achevée…

Je l’observe, la regarde mieux… Non, ce n’est pas possible… Que font là ces trois larmes rouges, ces trois gouttes de sang… Qu’est-ce que ça veut dire, comment sont-elles arrivées là ?! Un message, un signe, ou bien un appel à l’aide pour donner vie sur mon tableau à un être qui n’a fait que traverser le monde des vivants sans y rencontrer d’attache… Je sais maintenant quelle sera la touche finale … Une réponse à une énigme ? Peut-être. A une visite inattendue ? Sûrement !


Focus sur « Ascension » – acrylique sur bois – 94 x 43 cm

"Ascension" - acrylique sur bois - 94 x 43 cm

 

Cette œuvre me rappelle un peu ces vieilles affiches du cinéma fantastique. Les nuances employées dans les couleurs ainsi que la texture globale, une main squelettique mimant un arbre mort (ou bien l’inverse), et cette prédominance du mystère, tout invite à pousser les portes de la salle obscure. Chacun imaginera un scénario. On peut se dire que tout a commencé là-haut, dans cette tête colossale sans yeux ni mémoire, refuge d’idées mortes. Un fragment de monde à la dérive, des roches hurlantes et déchirées, et les marches d’un escalier comme un début de réponse…

A la verticale de l’abandon c’est une découpe fauve et tranchante qui s’empare de nous. Ouvrez votre livre de contes et tournez-en les vieilles pages… L’énigme du château en ruine, un trésor peut-être, le mouvement continu d’une subtile collection de reflets… L’histoire d’une montagne maudite qui voyage dans l’Univers, elle se trouve à proximité d’une lune sinistre, magnétique, Ascension peut maintenant débuter. C’est un film sans mots, sans dialogues. A peine un fond sonore, l’écho fossile des origines, mais son silence est éternel.


Focus sur « Ailleurs » – acrylique sur toile – 100 x 81 cm

"Ailleurs" - acrylique sur toile - 100 x 81 cm

 

Encore sur terre mais plus pour longtemps. Encore un peu de ce monde que nous connaissons. Je regarde et mes yeux me parlent de vent. Des tourbillons de fleurs mortes s’agrippent dans les airs. Au premier plan se dresse ce qui pourrait être les restes d’un tronc malade, fourbu, déchiré. A son sommet, un croissant de lune en bec d’os empoigne une masse duveteuse criblée de taches noires. Cela ressemble à une curieuse boule de pollen bercée par les vagues d’un printemps post-nucléaire.

Une atmosphère saturée, des mauves et des ocres lointains s’accaparent ce paysage qui semble aspiré, comme attiré par une force le surplombant. Les reliefs d’une ancienne forêt ou d’une cité de pierre, qui pourrait le dire ? La poussière charrie un magma de particules que l’on ne peut clairement identifier. Cet ailleurs pourrait être tellement d’endroits, un lieu hybride entre le nôtre et les vestiges d’un rêve, la trace imprécise d’une image mentale, ou un temps qui se cherche dans le calendrier zéro d’un nouveau départ.


Focus sur « Symbiose » – acrylique sur toile – 55 x 46 cm

"Symbiose" - acrylique sur toile - 55 x 46 cm

Regards clos en deltas amnésiques surplombent des bouches verrouillées en cascades gelées. Que racontent encore nos vagues empreintes après un si long voyage ? Des villes immobiles en arrière-pensée comme la persistance d’un songe, parties de nous-mêmes qui retracent une histoire enfouie depuis si longtemps… Nous étions ces cités, nous étions ces roches, nous étions ces tours et ces concrétions descendantes, c’était nos vies, nos projets et nos rêves… Nous déambulons maintenant dans les rues d’un imaginaire à réinventer, nous redessinons nos possibles sur l’étrange architecture de cette union si étroite, unique, dont l’ADN s’empare de deux individualités pour ne former qu’une seule entité…

Nous évoquons un singulier patchwork, nous sommes des tissus d’idées, de sensations et de souvenirs ; là un profil, ici encore des fissures, plus haut les toiles d’un brouillard fantomatique coiffent nos têtes qui s’étendent en d’urbaines divagations…

Un visage impassible, sans ornement émotionnel, et l’autre, si proche, à deux doigts de rentrer en contact avec cette paix glacée, l’autre disais-je comme figé dans un pincement, à jamais immobilisé dans l’ébauche d’une douloureuse grimace…

Corps miroirs en fragments d’éclats, nous patientons nos reflets dans l’attente d’une complète fusion, dans l’espoir d’une renaissance qui aura reconquis l’unité perdue à travers le regard de cet «autre» encore inconnu.


Focus sur « Face à Face » – acrylique sur toile – 80 x 80 cm

"Face à face" - acrylique sur toile - 80 x 80 cm

Vue en coupe de l’incommunicabilité ? Profil de l’idée morte en intention refroidie ? Ce qu’il reste de leurs regards s’est effacé à jamais. Ne demeure que la masse figée de la défiance, imposante et muette. D’un côté, il y a ce visage en érosion qui s’est ouvert vers les mystères d’une grotte insondable… Perdre la face au sens propre de la glace et de la roche, devenir un vestige, puis se résoudre à l’effacement. De l’autre, il y a ces marches titanesques qui conduisent peut-être vers l’entrée d’un lieu sacré, repaire inquiétant pour entité lovecraftienne ?

On distingue mal ce que libèrent les bouches, cités, navires ? A moins que les mots (leurs derniers mots ?) aient épousé la forme concrète de ce qu’ils exprimaient… Mais il faudrait se rapprocher pour mieux comprendre ce que disent les formes. De ces têtes en ruine se détachent d’autres mondes ; tout se métamorphose et se recycle, et sous la surface de l’eau on oublie les vanités de l’air libre. La gueule d’une amphore démesurée est captive d’une lumière blanche, alors qu’autour, des colonnes fragiles et des créatures pétrifiées attendent le fracas ultime des géants.

 

Parce qu’ils finiront bien par rentrer en contact, par s’abattre l’un sur l’autre, pour finalement ne faire qu’un… Alors nous ne saurons jamais ce que racontait l’autre moitié de leurs visages, là-bas, depuis l’horizon, peut-être une toute autre histoire.


Focus sur « Les voies du passé » – acrylique sur toile – 80 x 80 cm

"Les voies du passé" - acrylique sur toile - 80 x 80 cm

Comme une vague brutalement figée, c’est l’histoire de son déferlement que l’on peut lire dans sa courbure de glace. Était-ce sa volonté trop hâtive d’établir un lien avec le monde d’en face qui l’a immobilisée à jamais ? L’éternité pour y réfléchir, stalactites à la verticale des siècles, peaufinement de la concrétion, réponses en goutte à goutte pour un temps qui n’a plus sens, égaré, sans début ni fin.

 

Qu’avons-nous de l’autre côté ? L’entrée d’un temple au sommet d’un plateau rocheux. Gueule béante au pied de laquelle des mains-racines s’étoffent en excroissances inquiétantes… Sont-elles les gardiennes du lieu ou de simples passantes ? Arpentent-elles les parois de ces grottes afin de nous instruire, à grand renfort de hiéroglyphes, des secrets de ce qui fut peut-être une place forte, un havre de paix ou la dernière halte avant des territoires inconnus pressant l’imagination d’esquisser d’insondables promesses ?

 

Le formidable élan qui voulut être pont et relié deux parties d’un même univers conservera à jamais son énergie dans l’éclat de sa dynamique interrompue, alors que son revers, vague figure de proue, lointain profil, s’effacera dans l’écho des voies du passé, dont le ressac imprègne le plus infime pic de ces cavernes désertes.


Focus sur « Le passage » – acrylique sur toile – 41 x 33 cm

"Le passage" - acrylique sur toile - 41 x 33 cm

Une cité sculptée dans la glace ? Un lieu de transition vers ces infinités de mondes qui scintillent dans les pixels de lumière de ces étranges tours ? Pour le voyageur, on peut imaginer qu’il s’agit d’une halte entre deux continents ; d’une dimension à l’autre ses pas se répandront en écho dans les méandres de ce qui ressemble à une ville fantôme.

Réalité fragile soumise au jeu des illusions, ces constructions évoquant des antennes braquées sur le cosmos semblent résister difficilement à leur part de réel, comme une image luttant contre sa désintégration, sa reconversion en de multiples fréquences toutes plus volatiles les unes que les autres, un mirage surgi de l’imagination de Philip K. Dick.

Venise cyberpunk ou cimetière de navires stellaires dont seuls les mâts persistent à témoigner de leur naufrage, ce passage conserve ombres et secrets dans la muette expression de ses couleurs pâles et de sa myriade de reflets insaisissables.

Un trésor englouti dans un coffre de froid éternel.


Focus sur « Eclosion » – acrylique sur toile – 80 x 80 cm

"Eclosion" - acrylique sur toile - 80 x 80 cm

Étrange naissance que celle représentée par cette œuvre. La coquille exténuée d’un ancien monde s’est brisée pour libérer ce joyau de glace énigmatique. S’élevant au-dessus d’une coupe de lumière, ce fragment d’éternité accapare l’espace avant d’entamer un long voyage.

Est-il porteur d’un message ? Je suis ce qui restera semble-t-il nous dire… Je suis le silence, je suis la nuit et le froid, pourrait-il ajouter du fin fond de ses cryptes minérales, et ce masque à jamais figé comme l’expression d’une terreur muette, enfouie dans la dureté de ces roches aiguisées par l’érosion.

De ses origines, nous n’en saurons rien. Son émergence procède-t-elle de notre extinction ? C’est possible mais quelle importance. Clés d’un univers à réinventer constamment, les créations de Sophie Barraud attendent leurs voyageurs.

Cette Eclosion aux allures spectrales est l’une de ces nombreuses salles d’embarquement désertes et inquiétantes où nos pas résonnent en noyant notre angoisse dans leur écho insistant, presque palpable, dépositaire de notre solitude.